03 — L'art grec archaique et classique

Partie I : Les arts de l'Antiquité.

Frise chronologique


Carte de synthèse


1. Se repérer

L'art grec archaïque et classique

L'art grec naît, par convention, au IXe siècle av. J.-C., avec la période géométrique, dans le cadre restreint de la mer Égée. Cette section suit sa première grande évolution, de la rigidité archaïque à l'équilibre classique du Ve siècle, sous l'impulsion de l'homme d'État athénien Périclès, qui confie à l'architecte Ictinos et à son associé Callicratès la construction du Parthénon, tandis que le sculpteur Phidias en supervise tout le décor. Le siècle suivant, Polyclète porte cette quête d'harmonie à son point d'aboutissement en réglant les proportions idéales du corps humain. La section suivante prendra le relais avec la période hellénistique, née des conquêtes d'Alexandre le Grand.

Dates repères

  • IXe s. av. J.-C. : période géométrique, naissance conventionnelle de l'art grec

  • vers -530 : invention de la technique de la figure rouge (céramique)

  • -480 : victoire grecque sur les Perses, essor de la suprématie athénienne

  • -447/-438 : construction du Parthénon, sous l'impulsion de Périclès

  • Ve s. av. J.-C. : Polyclète élabore son canon de proportions

Noms repères Périclès — Phidias — Ictinos et Callicratès — Polyclète

Mots repères kouros / koré — canon — ordre (dorique / ionique) — naos — périptère


Vue de l'Acropole d'Athènes, avec les Propylées et le Parthénon. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur George E. Koronaios).


2. Comprendre le contexte

La Grèce, pays montagneux tourné vers la mer, se développe d'abord en petites unités isolées, les cités-États, unies par une langue, une religion et des jeux communs, mais politiquement indépendantes et souvent rivales. Cette organisation explique la diversité de l'art grec, produit dans de multiples foyers plutôt que dans une capitale unique, et son rattachement à la sphère religieuse : le temple, cœur de chaque cité, abrite la statue du dieu plutôt que les fidèles, réunis à l'extérieur pour les cérémonies.

Au VIIIe siècle av. J.-C., l'essor démographique et commercial pousse les Grecs à fonder des colonies tout autour de la Méditerranée, diffusant leur art bien au-delà de la mer Égée. Mais c'est au Ve siècle que se joue le moment décisif de cette section : la victoire sur l'Empire perse, en -480, assure la suprématie d'Athènes. Sous l'impulsion de Périclès, homme d'État qui dirige la cité de -461 à sa mort en -429, la richesse accumulée par Athènes finance alors la reconstruction des monuments de l'Acropole, détruits par les Perses lors de leur invasion. Périclès confie la supervision générale du chantier au sculpteur Phidias, qui s'entoure à son tour des architectes Ictinos et Callicratès pour élever le plus grand des temples, le Parthénon, dédié à Athéna. La religion, commune à toutes les cités malgré leurs rivalités, joue aussi un rôle unificateur : fêtes, jeux sportifs et théâtre rassemblent les Grecs dans un même sentiment d'appartenance culturelle, sentiment que ce chantier prestigieux vient renforcer.

À la fin du Ve siècle, les guerres du Péloponnèse opposent Athènes à Sparte et affaiblissent durablement les cités grecques, ouvrant une période de transition que développera la section suivante, consacrée à l'art hellénistique né des conquêtes d'Alexandre le Grand¹.


Kouros funéraire de Kroisos, musée national archéologique d'Athènes. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur George E. Koronaios).


3. Reconnaître le style

Supports et techniques

Après cette mise en place politique et religieuse, l'art grec développe des techniques cohérentes avec son ambition d'harmonie. Les temples se construisent en pierre sans mortier, les blocs étant assemblés par des crampons. La sculpture privilégie d'abord le marbre, puis le bronze coulé à la cire perdue à l'époque classique, technique qui donne plus de souplesse au mouvement ; la plupart des originaux en bronze ont malheureusement disparu, refondus plus tard, et ne sont connus que par des copies romaines en marbre. La céramique peinte évolue de la figure noire à la figure rouge, vers -530, qui permet un dessin plus précis du corps humain.

Sujets et fonctions

Cette recherche technique sert un même sujet de prédilection : le corps humain idéalisé. La sculpture archaïque se concentre sur deux types, le jeune homme nu, le kouros, et la jeune fille habillée, la koré, avant que l'époque classique n'élargisse ce répertoire à l'athlète et au dieu. Dans tous les cas, l'objectif reste le même : représenter non un individu particulier, mais un homme générique porteur de sagesse et d'harmonie.

Composition et espace

Cette quête d'un homme générique organise à son tour l'espace du temple grec, qui s'ordonne selon un plan tripartite : un vestibule (pronaos), une salle abritant la statue du culte, le naos (ou cella), et une pièce arrière (opisthodome). Lorsqu'une colonnade entoure l'édifice sur tout son pourtour, le temple est dit périptère : c'est le cas du Parthénon. Les proportions de l'ensemble se calculent à partir d'un module unique, le rayon de la colonne, selon un principe d'harmonie appelé eurythmie.

Couleur, lumière et matière

Les statues et les temples grecs, aujourd'hui blancs à nos yeux, étaient à l'origine entièrement peints de couleurs vives. Les architectes du Parthénon corrigent aussi les effets d'optique : légère inclinaison des colonnes, renflement du fût (entasis), pour que l'édifice paraisse parfaitement droit et léger, malgré son poids réel. Ce raffinement, on le doit précisément à Ictinos et Callicratès.

Figures et formes

Cette recherche de perfection se lit enfin dans l'évolution même de la statuaire, observable en trois temps : rigidité frontale et sourire figé à l'époque archaïque (kouros, koré, encore proches du modèle égyptien) ; puis, au milieu du Ve siècle, naturel et équilibre des masses à l'époque classique, réglés par un canon de proportions que Polyclète élabore dans son Doryphore, la tête devant être comprise sept fois dans la hauteur totale du corps. Son contemporain Myron² applique une recherche comparable du mouvement dans son Discobole, où plusieurs phases successives du geste du lanceur se trouvent synthétisées en une seule pose.


Réplique romaine en marbre du Discobole de Myron, Museo Nazionale Romano, Rome. Source : Wikimedia Commons (domaine public).

Architecture et sculpture

Cette même quête d'harmonie structure enfin l'architecture religieuse elle-même. Deux ordres dominent le VIe siècle : l'ordre dorique, massif et sobre, en Grèce continentale, et l'ordre ionique, plus élancé et décoré, en Asie Mineure ; un troisième, le corinthien, n'apparaîtra qu'au IVe siècle. Chaque ordre se reconnaît à son chapiteau : nu et carré pour le dorique, à volutes pour l'ionique. C'est en mêlant ces deux traditions que Ictinos et Callicratès construisent le Parthénon entre -447 et -438 : un temple dorique par sa structure, mais enrichi de nombreux éléments ioniques, dont la frise continue que Phidias sculpte tout autour de la cella.


Plaque des Ergastines, fragment de la frise est du Parthénon, musée du Louvre. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 2.0, auteur Bob Hall).


Personnages et idées clés

Périclès (vers -495/-429), homme d'État athénien, met la richesse de la cité au service de la reconstruction de l'Acropole après les guerres médiques et lance le chantier du Parthénon. Phidias, sculpteur et maître d'œuvre général de ce chantier, réalise la frise des Panathénées et la statue chryséléphantine (en or et en ivoire) d'Athéna qui se dressait à l'intérieur du temple. Ictinos et Callicratès, architectes, construisent le Parthénon entre -447 et -438 sur l'Acropole d'Athènes, en mêlant les ordres dorique et ionique. Polyclète, sculpteur du Ve siècle, auteur du Doryphore, élabore un canon de proportions qui devient la référence de toute la statuaire classique, avant d'être révisé par Lysippe à l'époque hellénistique (voir section suivante).


À retenir

  • Kouros / koré : statue archaïque représentant un jeune homme nu ou une jeune fille habillée, dans une posture frontale et figée.

  • Canon : système de proportions idéales du corps humain, élaboré par Polyclète (tête = 1/7 du corps).

  • Ordre architectural : ensemble de règles définissant la forme des colonnes et du chapiteau ; le dorique (nu) domine en Grèce continentale, l'ionique (à volutes) en Asie Mineure.

  • Naos : salle d'un temple grec abritant la statue du culte, aussi appelée cella.

  • Périptère : se dit d'un temple entouré d'une colonnade sur tout son pourtour, comme le Parthénon.

  • Le Parthénon, chantier voulu par Périclès et supervisé par Phidias, reste la référence de l'architecture grecque classique.


Œuvres repères

Le Parthénon, Athènes (-447/-438)

Construit en marbre blanc sur l'Acropole d'Athènes par Ictinos et Callicratès à la demande de Périclès, le Parthénon est un temple périptère dédié à Athéna. Observez la répétition des colonnes doriques, corrigées de subtils effets d'optique (inclinaison, renflement) pour paraître parfaitement droites. Le décor sculpté, supervisé par Phidias, se limite aux éléments non porteurs : métopes, frontons, frise intérieure des Panathénées. Ce temple illustre l'eurythmie classique, l'harmonie de proportions calculée à partir d'un module unique, et reste la référence de l'architecture grecque.


Le Parthénon, Acropole d'Athènes. Source : Wikimedia Commons (domaine public, CC0, auteur Jebulon).


Métope du Parthénon : combat d'un centaure et d'un Lapithe, British Museum. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Yair Haklai).

Le Doryphore, Polyclète (original en bronze, vers -450-440)

Connue seulement par des copies romaines en marbre, cette statue d'un porte-lance en marche illustre le canon que Polyclète met au point pour représenter le corps humain idéal. Observez le principe du chiasme : le poids du corps repose sur une seule jambe, ce qui entraîne un léger déhanchement et un jeu d'opposition entre les épaules et les hanches, l'une haute quand l'autre est basse. Ce balancement des masses, réglé selon des proportions mathématiques précises (la tête comprise sept fois dans la hauteur totale), devient le modèle de toute la statuaire grecque classique, avant d'être révisé par Lysippe un siècle plus tard.


Questions de lecture

  1. Quel rôle jouent respectivement Périclès, Phidias, Ictinos et Callicratès dans la construction du Parthénon ?

  2. En quoi le canon de Polyclète répond-il à la même recherche d'harmonie que l'architecture du Parthénon ?


Notes

  1. Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) : roi de Macédoine dont les conquêtes, à la fin du IVe siècle, répandent la culture grecque jusqu'en Inde et en Égypte ; sa mort en -323 ouvre la période hellénistique développée dans la section suivante.

  2. Myron (actif vers -480/-440) : sculpteur grec contemporain de Phidias et de Polyclète, célèbre pour son Discobole, qui synthétise en une seule pose plusieurs phases successives du mouvement.