# 04 — L'art grec hellenistique

*Partie I : Les arts de l'Antiquité.*

**Frise chronologique**

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**Carte de synthèse**

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## 1. Se repérer

### L'art grec hellénistique

À partir de -359, **Philippe II**, roi de Macédoine, puis son fils **Alexandre le Grand** étendent leur domination sur le monde grec et, par leurs conquêtes, jusqu'aux confins de l'Inde. À la mort d'Alexandre en -323, ses généraux se partagent cet immense empire en plusieurs royaumes : c'est le début de la période **hellénistique**, qui prend fin en -31 avec l'annexion romaine du dernier royaume grec, l'Égypte des Ptolémées. Cette section suit l'art de cette période charnière, où le sculpteur **Lysippe**, portraitiste attitré d'Alexandre, révise le canon classique légué par Polyclète (voir section précédente), tandis que **Praxitèle** invente le premier grand nu féminin et que le roi **Eumène II** fait édifier à Pergame un autel spectaculaire, sculpté par **Léocharès** et ses émules dans un style d'une intensité dramatique inédite.

**Dates repères**

* -359 : Philippe II de Macédoine étend sa domination sur les cités grecques
* IVe s. av. J.-C. : Praxitèle sculpte le premier nu féminin, l'Aphrodite de Cnide
* -323 : mort d'Alexandre le Grand, début de la période hellénistique
* entre 180 et 170 av. J.-C. : Grand Autel de Zeus à Pergame, sous Eumène II
* -31 : bataille d'Actium, annexion romaine du dernier royaume hellénistique

**Noms repères** Praxitèle — Lysippe — Alexandre le Grand — Eumène II — Léocharès

**Mots repères** hellénistique — tholos — stoa — pathos — gigantomachie

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/ACMA_1331_Alexander_1.JPG)

*Portrait d'Alexandre le Grand, attribué à Léocharès, musée de l'Acropole, Athènes. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 2.5).*


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## 2. Comprendre le contexte

Après l'âge d'or classique développé dans la section précédente, les cités grecques sortent affaiblies des guerres du Péloponnèse. Cette fragilité profite à un royaume voisin longtemps tenu pour périphérique : à partir de -359, **Philippe II**, roi de Macédoine, étend ses prétentions sur le monde grec et réunit les cités affaiblies dans une ligue placée sous sa tutelle. Son fils, **Alexandre le Grand**, repousse ensuite les frontières de son royaume jusqu'en Inde, répandant la culture grecque sur un territoire sans précédent. Mais à sa mort, en -323, ses généraux, appelés les diadoques, se disputent cet immense empire et créent plusieurs royaumes rivaux : la dynastie des Séleucides règne en Orient, celle des Ptolémées en Égypte, celle des Antigonides en Macédoine ; en Asie Mineure, **Eumène II** règne sur le royaume de Pergame. On appelle « **hellénistique** » (c'est-à-dire empreinte de culture grecque, « hellène ») cette période où l'art et la pensée grecs se diffusent bien au-delà de leur berceau d'origine, jusqu'à ce que Rome conquière peu à peu ces royaumes, la dernière étape étant l'annexion de l'Égypte ptolémaïque en -31.

Cette dispersion politique en plusieurs cours rivales transforme profondément l'art : chaque roi hellénistique veut désormais son propre portrait, ses propres monuments, sa propre capitale grandiose. **Eumène II**, en particulier, fait de sa capitale Pergame l'un des grands foyers artistiques de la période, notamment en y élevant, entre 180 et 170 av. J.-C., un autel monumental dédié à Zeus et Athéna.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f8/Epidaurus_theatre_2.jpg)

*Théâtre d'Épidaure, Péloponnèse. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Gertjan R.).*


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## 3. Reconnaître le style

### Supports et techniques

Après ce morcellement politique en plusieurs cours royales, l'architecture hellénistique généralise en pierre des constructions autrefois réservées aux édifices religieux : bâtiments sportifs, administratifs et résidences privées sont désormais construits avec le même soin que les temples. La sculpture, elle, continue de privilégier le marbre pour les figures sensuelles héritées de Praxitèle et le bronze ou le très haut-relief pour les compositions dramatiques comme celles de Pergame.

### Sujets et fonctions

Cette généralisation de la pierre à toute la ville accompagne un changement de sujets : au IVe siècle déjà, alors que le classicisme s'achève, **Praxitèle** ose représenter pour la première fois un nu féminin, l'Aphrodite de Cnide, brisant l'exclusivité masculine du nu classique. Un peu plus tard, l'art du portrait, qui ne correspondait en rien à l'esprit du premier classicisme, s'impose à son tour : **Lysippe**, portraitiste attitré d'Alexandre le Grand, en fixe les traits dans une série de bustes qui deviennent le modèle de toutes ses représentations postérieures, comme celle sculptée par **Léocharès**.

### Composition et espace

Ce goût nouveau pour l'individu et l'émotion transforme aussi l'organisation de l'espace architectural. Contrairement à la rigueur classique, l'urbanisme hellénistique privilégie l'adaptation au paysage : à Pergame ou à Épidaure, les théâtres épousent la pente naturelle de la colline, tandis que les **stoa**, de longs portiques couverts, rythment et délimitent l'espace urbain, offrant ombre et sociabilité aux habitants des nouvelles villes.

### Couleur, lumière et matière

Cette sensibilité au cadre naturel se retrouve dans la grande peinture de l'époque, connue surtout à travers les fresques de Pompéi qui en reprennent le style : les peintres hellénistiques maîtrisent l'illusion de la troisième dimension et affectionnent le trompe-l'œil, qu'ils développent notamment dans la représentation de cadres architecturaux dénués de personnages, jouant sur la lumière et la profondeur plutôt que sur la seule couleur.

### Figures et formes

Cette même sensibilité nouvelle bouleverse enfin la statuaire. **Lysippe** repense le canon de Polyclète et établit des proportions plus élancées, huit fois la hauteur de la tête au lieu de sept, donnant à ses figures une silhouette plus svelte et plus dynamique. Mais c'est surtout dans la dernière phase de la période hellénistique qu'apparaît le changement le plus radical : les sculpteurs affectionnent désormais les musculatures exacerbées, les attitudes emphatiques et les thèmes du combat et de la douleur, recherche d'intensité émotionnelle que l'on nomme le **pathos** hellénistique.

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**Copie romaine d'après l'Aphrodite de Cnide de Praxitèle (vers -350) ; tête et bras manquent sur cet exemplaire.** Observez le modelé souple du marbre et la posture légèrement déhanchée : Praxitèle est le premier sculpteur grec à réaliser un grand nu féminin.

### Architecture et sculpture

Ce goût pour l'intensité dramatique trouve son aboutissement dans le Grand Autel de Zeus et d'Athéna, que le roi **Eumène II** fait édifier à Pergame entre 180 et 170 av. J.-C. Une frise longue de plus de 120 m y déroule le combat des dieux contre les géants, la **gigantomachie**, sculptée en très haut-relief : muscles tendus, draperies agitées, visages exprimant la douleur ou la fureur illustrent au plus haut point le pathos hellénistique. L'architecture religieuse invente aussi, à la même époque, un type nouveau de petit édifice circulaire, la **tholos**, dont la fonction exacte reste incertaine, mais dont le raffinement décoratif illustre le même goût de l'époque pour l'apparat.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b1/Zeus_contra_Poryphion_Pergamonaltar.JPG)

*Détail de la frise de la Gigantomachie représentant Zeus, Grand Autel de Pergame, musée de Pergame, Berlin. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Claus Ableiter).*


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## Personnages et idées clés

**Praxitèle**, sculpteur du milieu du IVe siècle, réalise le premier grand nu féminin de l'histoire de l'art grec, l'Aphrodite de Cnide, en donnant au marbre une texture plus onctueuse que ses prédécesseurs. **Lysippe**, portraitiste attitré d'Alexandre le Grand, révise le canon de Polyclète en établissant des proportions plus élancées (huit têtes au lieu de sept), qui influencent toute la sculpture hellénistique. **Alexandre le Grand** (356-323 av. J.-C.), roi de Macédoine, répand par ses conquêtes la culture grecque jusqu'en Inde ; sa mort ouvre la période hellénistique et le partage de son empire entre ses généraux. **Eumène II**, roi de Pergame allié des Romains, fait édifier entre 180 et 170 av. J.-C. le Grand Autel de Zeus, chef-d'œuvre du pathos hellénistique. **Léocharès**, sculpteur actif à la fin du IVe siècle, fixe du vivant d'Alexandre le type de portrait qui servira de modèle à toutes ses représentations postérieures.


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## À retenir

* **Hellénistique** : se dit de la période et de l'art grecs diffusés hors de Grèce après les conquêtes d'Alexandre le Grand (-323/-31).
* **Tholos** : petit édifice religieux circulaire apparu au IVe siècle av. J.-C., dont la fonction exacte reste incertaine.
* **Stoa** : long portique couvert qui rythme et délimite l'espace urbain dans les villes hellénistiques.
* **Pathos** : intensité émotionnelle et dramatique recherchée par la sculpture hellénistique tardive (muscles tendus, visages douloureux, mouvement violent).
* **Gigantomachie** : combat mythologique entre les dieux et les géants, thème sculpté à grande échelle sur l'Autel de Pergame.
* L'art hellénistique déplace l'idéal classique de l'harmonie générique vers l'expression individuelle et dramatique, avant que Rome n'absorbe le dernier royaume grec en -31.


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# Œuvres repères

## Le Grand Autel de Zeus et d'Athéna, Pergame (entre 180 et 170 av. J.-C.)

Élevé à Pergame par le roi Eumène II, ce vaste autel dédié à Zeus est entouré d'une frise sculptée de plus de 120 m représentant la gigantomachie, le combat des dieux contre les géants. Observez le très haut-relief, les muscles tendus, les draperies agitées et les visages exprimant la douleur : à l'opposé du calme classique développé dans la section précédente, cette sculpture recherche l'effet dramatique du pathos hellénistique. L'autel de Pergame illustre l'aboutissement expressif de la sculpture hellénistique.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/79/Pergamonaltar-Gigantomachie-Hektate_contra_Klytios.jpg)

*Hécate affrontant le géant Clytios aux jambes de serpent, frise de la Gigantomachie, Grand Autel de Pergame, musée de Pergame, Berlin. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Claus Ableiter).*

## L'Aphrodite de Cnide, Praxitèle (vers -350)

Connue par de nombreuses copies romaines, dont celle-ci où la tête et les bras manquent, cette statue représente pour la première fois dans l'art grec un corps féminin entièrement nu. Observez le modelé souple du marbre, la posture légèrement déhanchée qui évoque un instant de pudeur avant le bain : Praxitèle abandonne la texture plus dure du marbre archaïque et classique pour une matière presque vivante sous la lumière. Cette œuvre annonce, par sa sensualité nouvelle, l'évolution que poursuivront Lysippe puis les sculpteurs de Pergame vers une expression toujours plus individuelle du corps humain.


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## Questions de lecture


1. En quoi le portrait d'Alexandre le Grand par Léocharès et le canon de Lysippe illustrent-ils tous deux l'intérêt hellénistique pour l'individu, plutôt que pour l'homme générique classique ?
2. Comment l'Autel de Pergame et l'Aphrodite de Cnide marquent-ils, chacun à sa manière, une rupture avec l'idéal de mesure classique développé dans la section précédente ?


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