05 — Rome, de la Republique a l'apogee imperiale
Partie I : Les arts de l'Antiquité.
Frise chronologique

Carte de synthèse

1. Se repérer
Rome, de la République à l'apogée impériale
Rome naît de modestes villages sur les collines du Latium, avant de passer sous la domination des Étrusques, puis de se constituer en République en -509. Cette section suit son évolution jusqu'à son apogée territoriale, en 117, sous Trajan (et non sous Hadrien, comme on le lit parfois par erreur) : c'est bien à la mort de Trajan que l'Empire atteint son extension maximale, avant qu'Hadrien ne consolide ces frontières par des fortifications défensives, le limes. Entre ces deux bornes, la section observe comment l'art du portrait, de Jules César à Auguste, puis à Néron et Caligula, sert à chaque fois une image politique différente du pouvoir romain.
Dates repères
-509 : chute des Tarquins, fondation de la République romaine
-31 : victoire d'Octave à Actium, débuts du principat
-27 : Octave reçoit le titre d'Auguste, premier empereur
Ier siècle : règnes de Néron et Caligula, portraits impériaux contrastés
117 : mort de Trajan, extension maximale de l'Empire romain
Noms repères Jules César — Auguste — Néron — Caligula — Trajan
Mots repères limes — domus — insula — atrium — forum

La Louve capitoline, bronze étrusque (Ve s. av. J.-C.), musée du Capitole, Rome. Source : Wikimedia Commons (domaine public, cliché Jastrow).
2. Comprendre le contexte
Rome naît de modestes cabanes de branchages regroupées sur les collines du Latium, au VIIIe siècle av. J.-C. (la légende situe cette fondation en -753). Ce sont les Étrusques, installés sur le site à la fin du VIIIe siècle, qui font de Rome une ville fortifiée et lui transmettent leur alphabet, leur religion et la technique de la voûte. En -509, les Tarquins, derniers rois étrusques de Rome, sont chassés et la République s'installe ; elle conquiert progressivement toute la péninsule italienne, puis, du IIe au Ier siècle av. J.-C., l'ensemble du pourtour méditerranéen.
Cette expansion rapide déstabilise la vie politique romaine : deux généraux rivaux, Jules César et Pompée, se disputent le pouvoir jusqu'à ce que la guerre civile éclate. C'est finalement Octave, neveu et fils adoptif de César, qui rétablit l'ordre : en -31, il élimine son dernier rival à Actium, puis reçoit en -27 le titre d'Auguste, devenant le premier empereur. Auguste emprunte à la statuaire grecque classique (voir sections 03-04) son équilibre et sa sérénité pour légitimer son pouvoir tout neuf : son portrait, volontairement intemporel, ne vieillit jamais sur les statues officielles, quel que soit son âge réel.
Ses successeurs, réunis sous le nom de dynastie julio-claudienne, ne partagent pas tous ce même souci de mesure. Sous Néron et Caligula, l'art du portrait change de registre et donne de l'empereur une image plus romantique, parfois pathétique : Néron, en particulier, fait aménager pour son seul plaisir un immense parc doté d'un lac artificiel au cœur de Rome. Il faut attendre le siècle suivant pour que l'Empire retrouve stabilité et expansion : sous les Antonins, l'empereur Trajan mène de nouvelles conquêtes (Dacie, Mésopotamie), et l'Empire atteint, à sa mort en 117, son extension territoriale maximale. Sur ce point précis, la source de cette section hésite entre Trajan et son successeur Hadrien : c'est bien la mort de Trajan, en 117, que les historiens retiennent comme le moment de cette extension maximale. Hadrien¹, qui lui succède, ne cherche plus à agrandir l'Empire mais à le consolider : il fait édifier un mur défensif continu, le limes, protégé par des garnisons, qui marque désormais la limite du monde romain face aux peuples « barbares ».

Le mur d'Hadrien près de Housesteads, Northumberland, Angleterre. Source : Wikimedia Commons (domaine public, auteur Steven Fruitsmaak).

L'empereur Auguste en cuirasse, statue de marbre découverte à Prima Porta, musées du Vatican. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Joel Bellviure).
3. Reconnaître le style
Supports et techniques
Après cette mise en place politique, l'art romain se dote, à partir du IIe siècle av. J.-C., d'une technique décisive : le blocage, un mortier dur mêlé de pierres concassées, ancêtre du béton, que les Romains tiennent des Étrusques par l'intermédiaire de la voûte. Ce matériau, peu agréable à l'œil, est masqué par un parement de pierre taillée, de marbre pour les édifices les plus prestigieux, puis de brique sous l'Empire. Le blocage permet de bâtir des structures toujours plus audacieuses (l'arc, la voûte, et bientôt la coupole ; voir section suivante) à une échelle inégalée dans l'Antiquité.
Sujets et fonctions
Cette maîtrise technique nouvelle sert avant tout un sujet qui distingue radicalement Rome de la Grèce : le portrait individualisé. Contrairement à l'art grec, attaché à l'expression d'un homme générique et idéal, la mentalité romaine privilégie l'individualisation d'un visage reconnaissable, moyen d'affirmer son statut social ou, pour l'empereur, de diffuser son image dans tout l'Empire à des fins de propagande. Pour aller plus vite, on fabrique souvent en série des corps de statues auxquels on ajoute ensuite une tête individualisée, sculptée d'après le modèle du commanditaire.
Composition et espace
Ce souci d'organisation rationnelle structure également la ville romaine tout entière. L'urbanisme reprend le plan en damier hérité de la Grèce, organisé autour de deux axes perpendiculaires, le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest), qui se croisent au forum, place rectangulaire entourée de portiques où se répartissent le temple, la basilique (tribunal et marché) et la curie (siège politique). Reproduit à l'identique dans chaque ville de province, ce plan permet aux pouvoirs romains d'uniformiser et de « romaniser » visuellement l'ensemble de l'Empire.

Vue panoramique du Forum Romain, Rome, avec les vestiges des temples et basiliques successifs. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Prosthetic Head).
Couleur, lumière et matière
Ce même souci du décor se retrouve à l'intérieur des habitations. En ville, les familles aisées vivent dans une domus, maison organisée autour d'un atrium (cour intérieure à ciel ouvert, centre de la vie domestique), puis, plus loin, d'un péristyle (voir section 02), cour à colonnade héritée de la Grèce hellénistique. Les murs de ces demeures sont peints de fresques en panneaux encadrés de motifs décoratifs, avec de petits tableaux mythologiques en leur centre, tandis que la mosaïque orne sols et parfois murs. Ce luxe contraste violemment avec les conditions de la population urbaine, entassée dans des immeubles collectifs à plusieurs étages, l'insula, bien plus sommaires.

Atrium et péristyle de la Maison du Faune, Pompéi, avec l'impluvium et la copie de la statue du Faune dansant. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Porsche997SBS).
Figures et formes
Ce goût romain pour l'individualisation, déjà observé dans l'architecture domestique, atteint sa plus grande subtilité dans le portrait impérial : celui-ci n'est jamais neutre, mais reflète l'image que chaque souverain veut donner de son pouvoir. Auguste reprend à son compte les notions d'ordre et d'équilibre chères à la Grèce classique pour affirmer la légitimité de son nouveau régime ; tous les empereurs julio-claudiens qui lui succèdent s'ingénient à lui ressembler, afin de marquer symboliquement leur filiation. Sous Néron ou Caligula, ce même langage classicisant se charge au contraire d'une tonalité plus romantique et pathétique, plus proche de l'héritage hellénistique (voir section 04) que du calme augustéen.
Architecture et sculpture
Cette recherche d'une image individualisée gagne enfin le relief sculpté monumental, où elle sert directement la propagande impériale. Le relief historique romain, réalisé en haut-relief sur plusieurs plans, décrit toujours des scènes précises datées avec exactitude, à la différence du relief grec, plus intemporel : c'est le cas dès l'Ara Pacis, autel de la paix élevé sous Auguste, premier grand relief impérial de ce type. Cette tradition culminera, sous Trajan, avec la colonne commémorant sa campagne militaire contre les Daces (voir section suivante pour son détail). L'architecture religieuse, elle, reprend d'abord le schéma étrusque : le temple romain, comme la Maison Carrée de Nîmes construite sous Auguste, repose sur un haut podium et n'est visible que de face, ses colonnes latérales étant engagées dans le mur de la cella : on dit qu'il est pseudo-périptère, à la différence du temple grec entièrement entouré de colonnes.

La Maison Carrée de Nîmes, temple romain de l'époque d'Auguste. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Krzysztof Golik).
Personnages et idées clés
Jules César (100-44 av. J.-C.), général victorieux de la guerre civile, ouvre la voie à la fin de la République sans en profiter personnellement, assassiné avant d'avoir pu établir un pouvoir durable. Auguste (63 av. J.-C.-14 apr. J.-C.), premier empereur à partir de -27, impose un style de portrait classicisant qui affirme la légitimité de son pouvoir nouveau et sert de modèle à toute sa dynastie. Néron (37-68) et Caligula (12-41), empereurs julio-claudiens, donnent au portrait impérial une tonalité plus romantique et pathétique ; Néron fait aussi aménager pour son usage personnel un vaste domaine au cœur de Rome. Trajan (53-117), empereur du IIe siècle, porte par ses conquêtes l'Empire romain à son extension territoriale maximale à sa mort en 117, un repère chronologique précis qui distingue son règne de celui, suivant, d'Hadrien, consacré à la consolidation des frontières (voir section suivante).
À retenir
Limes : ligne fortifiée continue, protégée par des garnisons, qui marque la frontière défensive de l'Empire romain à partir du IIe siècle.
Domus : maison urbaine romaine des familles aisées, organisée autour d'un atrium puis d'un péristyle.
Insula : immeuble collectif de plusieurs étages, logement ordinaire de la population urbaine romaine, plus sommaire que la domus.
Atrium : cour intérieure à ciel ouvert, centre de la vie domestique dans la domus romaine.
Forum : place centrale de la ville romaine, au croisement du cardo et du decumanus, où se concentrent temple, basilique et curie.
C'est à la mort de Trajan, en 117, que l'Empire romain atteint son extension territoriale maximale, non sous Hadrien, qui lui succède pour consolider les frontières.
Œuvres repères
L'Ara Pacis, l'autel de la Paix d'Auguste (13-9 av. J.-C.)
Élevé à Rome pour célébrer le retour d'Auguste après la pacification de la Gaule et de l'Espagne, cet autel constitue le premier grand relief historique impérial. Observez les bas-reliefs qui en ornent les murs extérieurs : une procession de personnages identifiables, membres de la famille impériale, se déploie en un cortège calme et ordonné, dans un style qui doit beaucoup à la sérénité classique grecque. Contrairement à un relief mythologique intemporel, cette frise représente un événement daté et des personnages réels : elle inaugure la tradition du relief historique romain, que la colonne Trajane portera plus tard à son point d'aboutissement (voir section suivante).

Bas-relief de la procession de la famille impériale, Ara Pacis, autel de la Paix d'Auguste, Rome. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 2.0, auteur Amphipolis).
La Maison du Faune, Pompéi (IIe siècle av. J.-C.)
Cette vaste domus, l'une des plus somptueuses de Pompéi, illustre le plan type de la demeure romaine aisée décrit plus haut. Observez la succession des espaces depuis l'entrée : l'atrium, cour à ciel ouvert avec son bassin central destiné à recueillir l'eau de pluie, précède le péristyle, cour à colonnade réservée à l'intimité familiale et aux réceptions. Cette organisation, empruntée à la maison grecque hellénistique, sépare nettement l'espace public de représentation, proche de l'entrée, de l'espace privé, plus retiré : une hiérarchie spatiale qui reflète directement le statut social du propriétaire face à ses visiteurs.
Questions de lecture
Pourquoi peut-on dire que c'est la mort de Trajan, en 117, et non le règne d'Hadrien, qui marque l'extension territoriale maximale de l'Empire romain ?
En quoi le portrait d'Auguste et celui de Néron ou Caligula traduisent-ils deux usages politiques différents du portrait impérial ?
Notes
Hadrien (76-138) : empereur succédant à Trajan en 117, connu pour avoir consolidé les frontières de l'Empire par le limes (notamment le mur qui porte son nom, entre l'Angleterre et l'Écosse) et pour son œuvre architecturale à Rome, développée dans la section suivante à propos du Panthéon.