# 09 — L'art roman

*Partie II : L'art du Moyen Âge.*

**Frise chronologique**

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**Carte de synthèse**

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## 1. Se repérer

### L'art roman

L'art roman se développe entre la fin du Xe siècle et le XIIe-XIIIe siècle, dans une Europe féodale, rurale et profondément religieuse. Deux siècles plus tôt, **Charlemagne** avait brièvement réuni l'Occident sous une même autorité ; après l'effondrement de son empire, c'est un autre souverain, **Otton Ier**, qui fonde en 962 le Saint Empire romain germanique et y impose un art impérial homogène, contrastant avec la floraison de formes variées qui caractérise, ailleurs en Europe, la genèse de l'art roman. Cette diversité s'incarne dans des ateliers bien identifiés : celui de **Gilduin**, actif dans le Languedoc, aux drapés souples hérités de l'orfèvrerie ; celui de l'abbé **Étienne Harding**, à Cîteaux, où se développe d'abord un style vif et narratif, avant que l'ordre cistercien n'impose l'austérité qui le rendra célèbre ; et le sculpteur **Gislebertus**, en Bourgogne, auquel est attribué l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture monumentale retrouvée : le **tympan** d'Autun, cette vaste surface semi-circulaire au-dessus du portail d'une église, entièrement recouverte de sculpture, où s'invente le grand décor roman.

**Dates repères**

* 800 : couronnement de Charlemagne, renaissance carolingienne
* 962 : Otton Ier sacré empereur, fondation du Saint Empire romain germanique
* 1108 : Étienne Harding devient abbé de Cîteaux
* 1134 : réforme de Bernard de Clairvaux, austérité cistercienne
* 1115-1131 : portail de Moissac, apogée du second art roman

**Noms repères** Charlemagne — Otton Ier — Étienne Harding — Gilduin — Gislebertus

**Mots repères** voûte en berceau — voûte d'arêtes — chevet — tympan — loi du cadre

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a2/Tympan_Sainte-Foy_de_Conques.jpg)

*Tympan du portail occidental de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, XIIe siècle, Le Jugement dernier. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Titanet).*


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## 2. Comprendre le contexte

Après l'éclat bref de la renaissance carolingienne, initiée par le couronnement de **Charlemagne** en 800, l'Empire se disloque et l'Occident retombe, autour de l'an mille, dans une profonde insécurité faite de nouvelles invasions et d'effondrement du pouvoir central. Pour se protéger, les populations se placent sous la protection de seigneurs locaux : c'est la naissance de la **féodalité**¹, dont le château fort devient le symbole. Dans les contrées germaniques, un roi de Saxe, **Otton Ier**, parvient au contraire à maîtriser ce morcellement : sacré empereur à Rome en 962, il fonde le Saint Empire romain germanique et y impose un art dit ottonien, homogène et tout entier au service de l'image impériale. C'est un cas à part, que l'on distingue de l'art roman proprement dit, né dans le reste de l'Occident d'expériences beaucoup plus diverses.

Cette instabilité recule progressivement : la démographie repart, les terres se défrichent, et l'Église, réorganisée autour de grands ordres monastiques, devient le principal ciment de la société. L'ordre clunisien, riche et puissant, essaime dans toute l'Europe entre le Xe et le XIIe siècle. L'ordre cistercien, plus tardif, prône à l'inverse un retour à l'austérité et à la pauvreté : mais ce choix ne s'impose pas d'un coup. Sous l'abbatiat de l'Anglais **Étienne Harding**, à partir de 1108, le scriptorium de Cîteaux produit encore des manuscrits enluminés vifs et pittoresques, où l'on voit même des moines copistes se moquer d'eux-mêmes en marge du texte : ce n'est qu'à partir de 1134, avec la réforme conduite par Bernard de Clairvaux², que l'ordre impose la rigueur dépouillée, sans image ni couleur, pour laquelle il restera célèbre. Le culte des reliques multiplie par ailleurs les pèlerinages, qui relient entre elles des régions jusque-là isolées et diffusent largement les mêmes formes artistiques ; à partir du XIe siècle, cette même ferveur religieuse s'exprime aussi par les croisades, qui unissent l'Occident dans un même idéal de reconquête face à l'Islam.

C'est dans ce contexte rural, religieux et morcelé que se développe l'art roman : une architecture d'abbayes et d'églises de pèlerinage, financée par l'Église, et une sculpture chargée d'instruire des fidèles pour la plupart illettrés : celle que pratiquent, notamment, des ateliers régionaux bien identifiés, comme celui de **Gilduin** en Languedoc ou celui auquel appartient **Gislebertus** en Bourgogne.


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## 3. Reconnaître le style

### Supports et techniques

Après ce cadre historique, entrons dans l'atelier des bâtisseurs romans. Pour éviter les incendies qui ravagent les charpentes de bois, les architectes romans généralisent la couverture de pierre : la **voûte en berceau**, un demi-cylindre continu, la **voûte d'arêtes**, deux berceaux qui se croisent à angle droit, ou la coupole. Chaque solution déplace différemment les poussées de la voûte et impose des réponses différentes : murs épais, contreforts, tribunes ou piliers massifs.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/46/Saint-Savin-118-Mittelschiff-2008-gje.jpg)

*Voûte en berceau peinte de la nef, église abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Gerd Eichmann).*

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4e/V%C3%A9zelay_Basilique_Ste._Marie_Madeleine_Innen_Gew%C3%B6lbe_1.jpg)

*Voûtes d'arêtes de la nef, basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Zairon).*

### Sujets et fonctions

Cette nouvelle maçonnerie offre à la sculpture des points d'appui qu'elle n'avait plus depuis l'Antiquité : chapiteaux, tympans, portails deviennent les lieux privilégiés d'un décor chargé d'instruire des fidèles majoritairement illettrés. L'iconographie privilégie des sujets fortement symboliques, Jugement dernier, Apocalypse, créatures monstrueuses, qui rappellent la crainte du châtiment éternel. Cette sculpture monumentale reste rare et timide avant la seconde moitié du XIe siècle, où elle se généralise soudainement dans toute l'Europe romane, portée par des ateliers comme celui de **Gilduin**, actif à Toulouse à la fin du XIe siècle, qui réinterprète dans la pierre des modèles d'ivoire et d'orfèvrerie aux drapés souples et légers.

### Composition et espace

Cette fonction pédagogique organise aussi l'espace de l'édifice. L'église romane adopte un plan en croix latine, avec un **chevet** (la partie orientale de l'église, où se trouvent le chœur et l'autel) souvent entouré d'un déambulatoire, un passage qui prolonge les bas-côtés autour du chœur, et de chapelles rayonnantes destinées à faciliter la circulation des pèlerins autour des reliques. La sculpture, elle, obéit à la « **loi du cadre** » : les figures sont étirées ou contorsionnées pour s'inscrire dans l'espace architectural qui leur est imparti, ce qui pousse paradoxalement à une grande liberté d'invention.

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**Plan type d'une église romane :** (1) nef centrale, (2) bas-côtés, (3) transept, (4) croisée du transept, (5) chœur, (6) abside, (7) déambulatoire, (8) absidioles.

### Couleur, lumière et matière

Cette liberté d'invention s'exprimait aussi, à l'origine, par la couleur. L'intérieur des églises romanes, aujourd'hui souvent nu, était entièrement peint de couleurs vives, murs comme sculptures. Cette polychromie, presque partout disparue aujourd'hui, explique pourquoi l'on perçoit souvent, à tort, l'art roman comme austère et grisâtre. Cette austérité, comme on l'a vu, ne correspond d'ailleurs qu'à une partie tardive de la production cistercienne, non à l'art roman dans son ensemble. Les ouvertures restent modestes, sauf lorsque la voûte d'arêtes ou des tribunes permettent de percer largement les murs sans fragiliser l'édifice.

### Figures et formes

Cette même liberté anime les figures sculptées. Souvent allongées, aux drapés soulignés de lignes vives, elles adoptent des postures rythmiques plutôt que naturalistes. Les vingt-quatre vieillards du portail de Moissac, tous tournés vers le Christ, illustrent ce sens du mouvement collectif, hérité davantage de l'enluminure que de la sculpture antique. Les écoles régionales s'individualisent nettement : l'allongement sinueux des formes que l'on attribue à **Gislebertus** en Bourgogne s'oppose aux drapés plus souples et légers de l'atelier de **Gilduin** dans le Languedoc.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/20/Autun_-_Mus%C3%A9e_Rolin_-_Tentation_d%27%C3%88ve.jpg)

*La Tentation d'Ève, linteau du portail nord de la cathédrale d'Autun, XIIe siècle, relief attribué à Gislebertus, musée Rolin. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Benjamin Smith).*

### Architecture

Cette diversité régionale se retrouve enfin dans le gros œuvre. Le plan basilical se complexifie : nef centrale, bas-côtés, transept, chœur profond. Trois solutions de couvrement dominent selon les régions : charpente de bois (Normandie, Saint Empire), voûte en berceau soutenue par tribunes ou contreforts (Bourgogne), ou file de coupoles (Sud-Ouest de la France). En Normandie apparaît même la croisée d'ogives, qui annonce déjà l'architecture gothique. Deux ou trois étages d'élévation intérieure, grandes arcades, tribunes, parfois fenêtres hautes, organisent la façon dont la lumière pénètre dans l'édifice.


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## Personnages et idées clés

**Charlemagne**, sacré empereur en 800, initie la première renaissance artistique de l'Occident chrétien depuis la chute de Rome, dont l'art roman prolonge et diversifie l'héritage. **Otton Ier**, roi de Saxe sacré empereur en 962, fonde le Saint Empire romain germanique et y impose un art ottonien homogène, exemple contrasté par rapport auquel se définit la diversité romane. **Gislebertus**, sculpteur auquel est attribué le tympan de la cathédrale d'Autun, illustre l'essor d'une sculpture monumentale bourguignonne, allongée et sinueuse. **Étienne Harding**, abbé anglais de Cîteaux à partir de 1108, dirige un scriptorium au style vif et narratif, avant que la réforme cistercienne de 1134 n'impose l'austérité. **Gilduin**, maître d'un atelier actif à Toulouse à la fin du XIe siècle, diffuse dans le Languedoc un style sculpté aux drapés souples.


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## À retenir

* **Voûte en berceau** : demi-cylindre de pierre couvrant la nef ; la **voûte d'arêtes** croise deux berceaux à angle droit.
* **Chevet** : partie orientale de l'église, souvent entourée d'un déambulatoire et de chapelles rayonnantes, pour la circulation des pèlerins.
* **Tympan** : espace semi-circulaire au-dessus du portail, principal support de la sculpture monumentale romane.
* **Loi du cadre** : contrainte qui pousse le sculpteur à étirer les figures pour qu'elles s'inscrivent dans un espace architectural donné.
* L'art roman naît dans une société féodale et monastique, où l'Église finance l'essentiel de la production artistique, et où la diversité régionale (Bourgogne, Languedoc) l'emporte sur toute uniformité, y compris dans les ateliers cisterciens avant leur réforme de 1134.


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# Œuvres repères

## Le portail de Saint-Pierre de Moissac (vers 1115-1131)

Réalisé vers 1115-1131, ce tympan illustre la vision de l'Apocalypse : le Christ en majesté, entouré des symboles des quatre évangélistes, domine vingt-quatre vieillards tournés vers lui en une adoration rythmée. Observez la loi du cadre à l'œuvre : les figures s'étirent et se contorsionnent pour occuper l'espace du tympan et des piédroits. Pour la première fois depuis l'Antiquité, le sculpteur dégage nettement les volumes du fond, plutôt que de reprendre les effets plats de la peinture de manuscrits. Ce portail illustre la fonction pédagogique de la sculpture romane, destinée à instruire des fidèles pour la plupart illettrés.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5e/Moissac_Abbaye_portail_sud.jpg)

*Portail sud de l'abbatiale Saint-Pierre de Moissac, avec son tympan protégé par un porche et son trumeau sculpté. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur Asabengurtza).*

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/46/Moissac%2C_Abbaye_Saint-Pierre-PM_15080.jpg)

*Tympan du portail sud de Moissac : le Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes et des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 3.0, auteur PMRMaeyaert).*

## La tapisserie de la reine Mathilde, dite tapisserie de Bayeux (fin du XIe siècle)

Longue de près de 70 mètres, cette broderie de laine sur toile de lin raconte, en cinquante-huit scènes légendées en latin, la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, achevée à la bataille d'Hastings en 1066. Observez le style narratif très vif de la scène où Harold, futur roi vaincu, désigne du doigt une comète (Halley) traversant le ciel, présage de malheur : les personnages, plats et linéaires, sont traités avec la même économie de moyens et le même sens du récit continu que la sculpture romane des tympans. Réalisée dans le milieu anglo-normand qui domine alors l'un des foyers artistiques les plus actifs de l'art roman, cette œuvre profane, sans doute commanditée par l'évêque Odon de Bayeux³, illustre la vitalité narrative de l'art roman en dehors du seul cadre religieux.

 ![](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fa/Bayeux_Tapestry_32-33_comet_Halley_Harold.jpg)

*Tapisserie de Bayeux, détail : Harold désignant la comète de Halley, XIe siècle, musée de Bayeux. Source : Wikimedia Commons (domaine public).*


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## Questions de lecture


1. Pourquoi les architectes romans cherchent-ils à remplacer la charpente de bois par une couverture de pierre, et quelles contraintes cela impose-t-il ?
2. Qu'est-ce que la « loi du cadre » et comment s'observe-t-elle sur le tympan de Moissac ?


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## Notes


1. **Féodalité** : organisation politique et sociale fondée sur des liens personnels d'obéissance (vassalité) entre seigneurs, qui se généralise en Occident entre le Xe et le XIIe siècle.
2. **Bernard de Clairvaux** (1090-1153) : moine réformateur qui impose à partir de 1134 l'austérité de l'ordre cistercien, en rupture avec la richesse décorative de l'ordre clunisien.
3. **Odon de Bayeux** (mort en 1097) : demi-frère de Guillaume le Conquérant, évêque de Bayeux, probable commanditaire de la tapisserie de Bayeux.